Immobile.

27 juin 2010

 

Elle s’était littéralement arrêtée il y a deux ans. Plus de travail, plus de course contre la montre, plus de mondanités ni de soif de reconnaissance. Plus de petit-ami, seulement des petites histoires avec des inconnus. Elle attendait tranquillement sur son aire de repos que la circulation se calme ou qu’un prince charmant vienne la chercher. Elle ne savait pas exactement pourquoi ni comment elle s’était retrouvée là, comme immobilisée. Cette “traversée du désert” comme certains la qualifiaient ne semblait guère l’affoler. Sa mère en revanche était très inquiète. Elle ne comprenait pas pourquoi sa fille avait perdu toute ambition sociale et professionnelle. A son âge, elle travaillait dur pour bâttir sa carrière. Elle avait aussi rencontré son mari, emménagé avec lui, acheté sa première voiture et attendait son premier enfant. 

Sa fille, elle, était célibataire, sans emploi et ne semblait pas pressée de déménager. Elle n’avait pas son permis et ne comptait pas le passer. Et pourtant, elle était brillante et impertinente. Bien plus intelligente que sa mère. On lui disait toujours “je ne m’inquiète pas pour ta fille, elle ira loin”. Aujourd’hui sa fille semblait en panne, sur le bas côté et  pour la première fois son entourage s’inquiétait pour elle. Sa détermination avait laissé place à une errance embarrassante. Son regard qui jadis pétillait de malice et d’envie était devenu terne et blasé. A trente ans, Linda n’avait plus envie de croquer la vie à pleine dents. Sa bouche était cariée, ses lèvres gercées et elle n’avait plus aucun appétit. Les pommes dont elle raffolait l’écoeurait désormais. Elle n’avait plus la force de cuisiner et se contentait des picards surgelés dont sa mère approvisionnait quotidiennement le congélateur. Autrefois, elle allait au Marché des Enfants Rouges, rue Charlot chercher fruits et légumes bio, mets libanais ou italiens. Le dimanche, elle préparait même quelques pâtisseries fines pour Jonathan. Il raffolait de macarons – en particulier ceux à la pistache. Par un bel après-midi d’été, à l’heure du thé, il lui avait demandée sa main alors qu’elle lui tendait un macaron vert. Elle s’était retournée, comme si Jonathan s’était adressé à une autre. Elle avait souri et s’était resservie de thé. Il avait compris qu’elle ne voulait pas le blesser et il s’était contenté de reprendre un macaron. Le sujet fut enterré et ils se séparèrent deux semaines plus tard. Ces trois années de couple s’évaporèrent dans le plus profond des silences.

Parfois Linda repensait à Jonathan. Après sa demande en mariage, il s’étaient quittés en s’embrassant. Il était parti rendre visite à ses parents en Dordogne et elle était restée travailler à Paris. La déception de Jonathan l’avait peinée mais elle ne s’était pas résolue à le réconforter. Il ne l’avait pas appelée, par fierté ou gêne. Elle avait décidé de continuer sa vie sans lui. Pas d’explications, une sorte d’accord tacite venant clore un embarras mutuel. Parfois, elle aurait voulu l’appeler mais le courage lui manquait. Le malaise, la voix qui tremble, l’angoisse du rejet, se justifier.. des obstacles insurmontables à ses yeux. Et s’il l’aimait vraiment, il aurait persévéré. C’était sans doute mieux ainsi. Un divorce en moins.

 


Liberté d’expression versus Libre arbitre

19 juin 2010

Le blog est devenu un média incontournable. Il matérialise la liberté d’expression chère à nos démocraties modernes. On y bavarde, échange des points de vue, bons plans, goûts & couleurs, joies & peines.. Un grand monologue / dialogue entre les internautes du monde entier.

Le talent n’est pas indispensable. Personne ne vous demande de justifier vos propos ni expliquer le sens de vos interventions. On ne vous jettera pas non plus la pierre si vous racontez votre vie insipide, écrivez des textes chiants comme la pluie et mal écrits, postez des photos vulgaires ou faites l’éloge d’artistes sans talent.

Vous êtes le maître de votre blog. Rien ne vous empêchera de vous exprimer. La démocratisation de la parole publique est-elle une bonne chose ? Cette question peut choquer: n’est-il pas prétentieux de juger la valeur des jugements, goûts, talents – par définition subjectifs ? Entre outre, la multiplication de points de vue n’est-elle pas une réussite démocratique ? Cela dit, je ressens un réel nivellement vers le bas de mon sens critique (et le bon fonctionnement de mon sens critique n’est-il pas indispensable pour exercer mes droits et devoirs démocratiques?) Je me surprends parfois à prendre l’expression d’un point de vue personnel pour une source d’information objective. Perte de mon discernement, mais aussi appauvrissement de ma réflexion. Mon cerveau se met de plus en plus à fonctionner en mode binaire: I like / I don’t like. Yes / No. Pas besoin de développer ni creuser ma pensée. Alea jacta est, mon jugement est publié et “feel free to leave a comment I you disagree but I wont probably read it”. La vie est devenue noire ou blanche, dénuée de nuances.

Il serait malhonnête de rejeter la faute sur les blogs. En effet, ma responsabilité de lectrice est ici engagée. A moi de garder mes distances avec les blogs, ne pas oublier les sources d’informations dignes de ce nom et la vraie littérature, découvrir des artistes de renom et surtout ne pas me satisfaire des simples recommandations publiées sur les blogs. A nous lecteurs de ne pas subir les pendants de cette liberté d’expression. A nous de redoubler d’esprit critique, de curiosité, de soif de découverte.. C’est du bon sens, mais je suis certaine que je ne suis pas la seule à parfois le perdre.

Mais si l’on admet que la démocratisation de la liberté d’expression est une bonne chose lorsqu’on sait l’apprivoiser, force est de constater qu’elle manque généralement d’audace. Je ne trouve que très rarement des postes engagés, approfondis ou sincères. La liberté des bloggueurs est souvent bradée, vendue à des fins mercantiles. “Regardez Sex and the City 2, je l’ai trouvé top, voici le lien pour réserver votre place de cinéma et voici la liste de toutes les marques apparaissant dans le film” ou “Cette petite robe est magnifique, je l’ai achetée chez Maje, allez-y de ma part vous aurez une réduction de 10%” ou encore “Clinique m’a envoyée son dernier rouge à lèvre, il est superbe. J’en fais gagner 2 à celles qui me raconteront leurs plus belles expériences avec Clinique”.

Ce mercantilisme, accompagné de publicités virales met en péril le sens des blogs qui s’y soumettent. Ils deviennent un relai marketing, un lieu de promotion détournée pour des marques souhaitant s’immiscer dans le quotidien et l’intimité des internautes. Ces blogs ont perdu leur authenticité et d’une certaine manière trahissent la confiance de leurs lecteurs. Après avoir arrêté de regarder la télévision qui vend du “temps de cerveau humain disponible”, facebook qui me fiche, les magasines girly consuméristes à souhait, je me détourne naturellement de tous les blogs mercantiles.

Et je retrouve, avec un nouveau plaisir les livres, journaux, émissions, films, expositions ou les quelques blogs faisant un véritable usage de leurs libertés d’expression avec AUDACE.


Hung-over.

4 avril 2010

Me voici nez à nez avec ma bêtise. Ma Rolex Mickey indique 4H33. Elle vient de New York. Un grand black avait ouvert son Kway à l’angle de Spring street et d’une rue déserte, m’invitant à admirer toutes ses montres de luxe. Un peu d’embarras mais surtout beaucoup de choix. L’exhibtionnisme au service du consumérisme, un concept outre-Atlantique prometteur. Je suis là depuis quinze bonne minutes. Je fais de mon mieux, appuyée sur les rebords des toilettes. Seules quelques perles de sueurs dégoulinent le long de mon visage avant d’attérir dans l’eau de la cuvette. Elle semble être consternée. De son blanc ivoire, elle me juge. Encore une midinette qui va salir ses nouvelles ballerines Chloé. L’addition l’a rattrapée, ça lui apprendra à se faire offrir des verres par tous les hommes de la boîte.

Quand je sors des Wcs, une grande blonde imposante m’interpelle : « Vas-y dégage, ca fait une heure que t’es là ». Ses copines la regardent fièrement, elles respirent fort et serrent la bouche. Narines serrées, elles essaient de rire sans perdre la maîtrise de leurs visages figés par le néant. Je leur jette un regard noir et intransigeant et la tête haute regagne la sortie des toilettes en leur écrasant une à une le pied d’une sérenitude exemplaire. La dernière fille de la file, trop peu gâtée par la nature pour tenter d’être sexy essaie de m’arrêter. Je me contente de la remettre à sa place, calmement : « Allez, file chercher ton pull au vestiaire, tu vas nous donner la nausée avec ce decolté affreux.» Son amie m’interpelle: « Pff, tu t’es vomie dessus,regardez les filles c’est mon-stru-eux ! ». Je lui prends son écharpe : « Tu as bien raison..Voilà je m’essuie, ferme la bouche et arrête de faire tes yeux de mérou, je te fais trop peur pour que tu ne bronches». Je lui rends son écharpe avec un grand sourire et prends congé.

La suite, je ne m’en souviens pas. Je me réveille dans mon lit le lendemain après-midi, fraîche comme une princesse.


Adoptions.

4 avril 2010

Le labrador avait posé sa tête entre les jambes de la jeune fille. Elle le caressait tranquillement depuis une dizaine de minutes quand l’homme s’impatienta. Il se leva du canapé, grogna et pris machinalement la télécommande. Il alluma la télé. La présentatrice brillait de toute sa blondeur. Elle portait un tailleur gris, il se demanda si elle avait mis une culotte. Ses mots dégoulinaient de bon sens, sa voix irradiait de tendresse. Elle semblait s’adresser directement à lui et il pouvait sentir la tiédeur de ses lèvres se poser sur les siennes. Il approcha la main de l’écran, dessina le contour des courbes télévisuelles de l’animatrice. Elle se mit à sourire, ses yeux pétillaient de malice. L’homme essayait de trouver une suite à sa rencontre télévisuelle quand soudain les grognements de l’animal le rappelèrent à sa triste réalité.

Sa maîtresse se montrait trop avare en caresses, ses frictions manquaient indiscutablement d’entrain.Impassible, la jeune fille aggripa la crinière du fauve et secoua sa tête fermement. “Vilain, tu n’es qu’un sauvage !”.Elle retira ses doigts, remit la bretelle de son soutien gorge et s’allongea sur le canapé. Sa robe blanche était entâchée de poils roux, dorés et blonds. L’homme quitta alors l’écran des yeux et se rapprocha de la jeune fille farouche. Il contempla son jeune corps. Elle n’était pas blonde, ses paroles n’étaient pas mélodieuses. Elle avait juste le mérite d’être là, à sa disposition. Il bloqua violemment ses mains et se blottit contre son ventre. Le chien se mit alors à rugir de jalousie. L’homme dominait sa maîtresse et s’était emparé de ses caresses. Embarrassée, la fille s’enfouit un peu plus profondément entre les bras de son compagnon pour oublier son animal.



“La nuit je mens”

2 avril 2010


Silence. Je pose ses mains sur mes yeux. Mes larmes timides glissent entre ses doigts crispés. 

La tristesse nous aveugle sous la lumière des réverbères. Il est bientôt six heures, la nuit se dérobe doucement sous nos pas.

J’ai peur de le quitter, de m’endormir, de ne plus pouvoir rêver.  Le sommeil me gagne et cette lucidité fragile s’envole. Nous regagnons le métro, la pluie a vaincu mon chagrin. 

 Je lâche sa main définitivement et monte dans le premier métro. Les mensonges ont cédé la place au jour, il est grand temps de s’endormir. Tu t’évapores, je m’atomise, nous disparaissons. 


La Douche.

8 mars 2009

Une fille se douche.

Des petits reflux sensuels de vapeur glissent sous la porte de la salle de bain.

De fines petites gouttes se mettent à perler sur la poignée luisante.

Dix minutes que je la fixe. Trente minutes que l’eau coule. Une heure qu’elle a pris possession de l’endroit.

Je souris doucement, ma serviette autour du cou, mes yeux autour de ses formes imaginaires.

Elle est entrain de faire glisser mon petit marseillais sur ses courbes sales et généreuses.

La mousse pique ses grands yeux bruns dégoulinant de mascara, de vice et de rêves.

 

Un jour j’ouvrirai la porte.

Je braverai la buée et la rejoindrai sous la douche.

Je lui frotterai le dos de mes ongles noirs et virils.

Mes doigts fiévreux s’enrouleront autour ses longues mèches de cheveux soyeux.

Son odeur s’emparera de mes narines haletantes et sa nuque se penchera cupidement sur mon torse velu.

Elle me plaquera contre les carreaux, je ne pourrai contenir ses élans furieux.

Elle dévorera bestialement mes organes, je me délecterai de sa bouche suffocante.

 


La fin de l’hiver.

4 mars 2009

 

Tout d’un coup, elle comprit ce qu’il se passait dans la cuisine.La lueur d’espoir qui brûlait paisiblement jusqu’alors partit en fumée. La même histoire, encore et toujours. Celle d’une mauvaise série b. dont la fin est toujours prévisible. Celle que la plupart de ses amis lui ont déjà racontée. Sans doute les même sanglots et l’unique consolation de se dire que le temps efface les peines.

Malheureusement, ça n’arrive pas qu’aux autres ces choses là. La banalité de cette expression n’aurait pas du la surprendre. Mais ce n’était pas le cas, elle semblait stupéfaite, le commun lui paraissait alors inconcevable. Pas eux, non. Ils étaient tellement différents, comme tout le monde.

En fait, ça n’avait déjà plus d’importance. Il fallait désormais composer avec, tirer les conclusions de cet affront et penser à reconstruire. Il avait détruit, elle reconstruirait.

Le printemps s’annoncait plein de promesse, de fraîcheur et de renouveau. Elle s’efforcait de voir l’arrivée du soleil comme une aide divine à sortir de l’hibernation qu’il lui imposait depuis des années. Peut être se l’imposait-elle aussi par peur de l’audace suprême, la liberté.


Requiem pour une Cleptomane.

14 février 2009

Nicole ne craint personne.

C’est que quand elle vole, elle s’envole. Prisonnière de son obsession, elle s’abandonne à ses pulsions.

L’emprunt à durée indéterminée lui ouvre les portes d’un paradis démoniaque, celui de la possession. 

Mini-jupe en cuir, vernis rouge passion, montre gold, jarretière et petits pots de Laitière: la RMiste est une artiste, aucun article ne lui résiste.

Ils ne la rattraperont pas. Nicole poursuivra, perchée sur ses talons, sa quête improbable.

Accumuler, toujours davantage, sans jamais se rassasier.

Tenter de combler le vide omniprésent d’une vie insignifiante avec un détergent ou une nouvelle brosse à dent.

Les paillettes, les lunettes, les série B., oublier de douter.

Oublier le néant.

Oublier qu’au fond il n’y a rien, juste un tas d’objets.

Le soir venu, la cigale se métamorphose en fourmi. Elle entasse dans son F2 tous ses trésors, trophées et victoires fraîchement chapardés.

Le matériel remplace les préoccupations immatérielles. Nicole alors s’endort, bercée par le ronronnement de sa nouvelle radio et le couinement de son frigo.


Try Séphora.

10 février 2009

Il est 18 heures sur la plus belle avenue du monde et Nicolas est tétanisé par des cris stridents. Ils proviennent de chez Séphora. L’entrée de cet énorme vagin noir et rose a été pris d’assaut par les vendeuses du magasin. Ces folles furieuses s’agrippent à tous les passants, en poussant des cris de cochon qu’on égorge.
Nicolas pénètre dans cet antre déglutissant d’odeurs nauséeuses. Il longe discrètement les mûrs, parvenant miraculeusement à échapper au châtiment de l’aspersion. Autour de lui, les victimes de cette manigance commerciale sont ravies. Les vendeuses  de chez Séphora se sont transformées en présentatrices de la Roue de la Fortune. Elles offrent aux passants leurs quarts d’heure de gloire TF1.

Téméraire, Nicolas continue de s’engouffrer dans ce royaume du gratteur. Autour de lui, tout le monde essaie et personne n’achète. On se parfume et on se remaquille. On s’épile aussi la moustache après avoir soutiré deux échantillons et vidé le bocal de bonbons.

Le regard de Nicolas se pose alors sur une table de fonds de teint épais et suintant. Une femme trempe ses gros doigts cupides de produits gratuits dans l’un des pots. Elle applique la pâte sur son visage pour masquer ses boutons purulents. Elle finit par s’acharner sur eux à coup de pinceau correcteur mais rien n’y fait, les cratères et les collines ne disparaissent pas. Ses copines la tirent par le bras ” allez t’es très bien, on a fini de se préparer  nous”.

La bande d’amies s’apprête à aller chasser la crème des hétéros au Queen. Elles étaient juste passer se refaire une beauté. 

Oui Nicolas, Séphora c’est avant tout une enseigne de beauté.


Booba, tocards s’abstenir.

8 février 2009

 

S’en prendre à Booba, c’est bien pire que de se moquer de Cuizinier. Rien à gagner, même pas un featuring avec Lio.
Tailler Booba c’est risquer de se fâcher avec tous ses copains qui, en secret, rêvent de lui ressembler.
C’est aussi remettre en cause la bonne parole de pleins de magazines super cool.
Le message est donc clair: Booba est aussi intouchable que la famille royale présidentielle.
Ca tombe bien, je n’ai rien contre lui.

En revanche, je commence à en avoir assez de tous ces mecs qui te sortent en toute impunité: ” je suis frais je sais, je te retourne le compliment, ton derrière a comme un drôle d’air de mon continent” ou encore ” écarte les jambes laisse couler quelques gouttes”
On ne t’a pas appris à citer tes sources ? Dis moi plutôt:
- Tu sais, ça me fait penser que Booba dans Pourvu Qu’elles M’aiment chante: ” lâche moi ton phone-tel “. Puis-je te demander également de me donner ton numéro de téléphone ?
Booba a du succès avec les filles. Mais ce n’est pas parce que tu apprends ses chansons par coeur que ça sera ton cas. Alors redescends sur Terre et ne t’avise pas de nous sortir ” Ne me dis pas que tu m’aimes, notre amour est insensé… C’est malheureusement le cas, je ne serai pas ton fiancé”.
Au mieux, on te rira au nez, au pire tu te prendras une bouteille dans la figure.
CQFD: les filles aussi écoutent Booba.


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